En guitare, et plus particulièrement dans le rock, il y a un type d’accord qu’on trouve très souvent et qui se note “5”, par exemple “C5” ou “E5”. On appelle ça des powerchords, et dans cette page je vais vous expliquer comment bien les jouer mais aussi comment les utiliser à bon escient. Voici la structure de cette page.
Les powerchords sont des accords contenant simplement une fondamentale et
une quinte. Ils sont utilisés abondamment dans le rock, le hard rock, le punk,
le blues, le métal et dans plein d’autres styles musicaux, et ils ont une sonorité
qui inspire la "puissance", d'où leur nom.
Un powerchord contient donc simplement une fondamentale et une quinte, mais très souvent ces
notes sont "redoublées" c'est à dire jouées plusieurs fois à différentes octaves.
La position de loin la plus courante contient une fondamentale puis une quinte,
puis de nouveau une fondamentale.
On utilise les powerchords pour différentes raisons : ça peut être pour jouer des accords dont on ne veut pas entendre la tierce, mais aussi pour harmoniser une mélodie à la quinte. L'exemple ultime de l'utilisation des powerchords est le riff extrêmement connu de "Smoke on the Water" (Deep Purple). Musique !
Ces accords sont notés avec un "5", ce qui veut simplement dire "pas de tierce". C'est une notation que les guitaristes connaissent bien, mais sachez que les autres musiciens sont souvent démunis lorsqu'ils voient cette notation car elle n'est pas si répandue. Si vous jouez avec d’autres musiciens, n’hésitez pas à leur expliquer qu’il faut jouer donc ces accords sans tierce.
Si vous avez fait des études classiques, ne vous méprenez pas. La notation classique, elle, interprète le "5" comme un "accord parfait" (triade majeure ou mineure). Ici ça n'est pas le cas, mais vous avez dû remarquer qu'avec Smoke On The Water nous sommes assez loin de la musique classique, non ?
Jouer des powerchords peut paraître assez simple, mais ça ne l'est pas tant que ça. Je vais vous guider pas à pas pour arriver à bien les jouer. Voici un exemple de powerchord, qui est d'ailleurs le premier accord du riff de "Smoke On The Water".
La principale difficulté pour jouer cet accord est l'écartement des doigts. Sachez que certains guitaristes préfèrent faire un petit barré avec l'annulaire ou l'auriculaire pour pallier ce problème.
Cette position de main est sans aucun doute la plus courante, mais il en existe de nombreuses autres que je vous conseille d’essayer de jouer, car la morphologie de chacun est différente : utiliser les positions qui sont les plus confortables pour vous.
Vous l’aurez sans doute déjà remarqué : comme les frettes sont plus espacées en bas du manche, il est forcément plus difficile de jouer ces accords... Sauf si on utilise des cordes à vide ! C’est d’ailleurs une des raisons principales pour lesquelles le répertoire blues, rock’n’roll, rock, et tous les styles très influencés par la guitare sont souvent dans des tonalités de E, D, G ou A : dans ces tonalités, on peut jouer beaucoup d’accords avec des cordes à vide. Vous verrez ça un peu plus bas dans cette page.
La seule position que l'on a vue (celle du G5) est celle qui a la fondamentale sur la sixième corde (corde de Mi grave). Voici celle qui a la fondamentale sur la cinquième corde (corde de La), ici un powerchord de Do : C5.
Si vous avez compris, vous verrez que le riff de "Smoke on the water" peut donc aussi se jouer comme cela.
Cette section est intitulée "Toutes les positions" car ces deux positions de powerchord, fondamentale corde de Mi + fondamentale corde de La sont les deux seules positions courantes qu'on utilise pour jouer des powerchords. Il en existe cependant une dernière, fondamentale corde de Ré, mais elle est rarement utilisée, on la verra plus bas.
Souvent, les powerchords sont joués avec un son saturé, et forcément on a plus facilement des sons parasites avec un son saturé. Voici un exemple de powerchords joués d'abord avec un son mal géré, puis avec un bon son.
Pour avoir un son propre, on va donc se concentrer sur 2 choses principalement : jouer un powerchord avec un bon son, puis jouer un enchaînement de powerchords avec un bon son.
Jouer un powerchord sans son parasite se limite en général à étouffer toutes les cordes, sauf les 3 qu’on souhaite faire sonner. On va donc volontairement laisser traîner les doigts de la main gauche (plus particulièrement l’index) sur les cordes plus aiguës que celles qu’on joue.
Subtil n’est-ce pas ? Et là je vous entends déjà dire "Ouais mais bon mais enfin t’es bien
mignon Martin, mais pour un powerchord corde de La, je fais comment pour étouffer la corde de Mi grave ?".
Et vous avez bien raison de vous poser cette question ! En effet, quand on joue un powerchord
sur les cordes de La-Ré-Sol, il va falloir étouffer la corde de Mi grave pour qu’elle ne
résonne pas… Eh bien devinez quoi ? Martin a une solution pour vous.
On va étouffer la corde de Mi avec le bout de notre index.
C’est une astuce peu répandue mais vraiment redoutable, et que tous les rockeurs
expérimentés utilisent, consciemment ou non d’ailleurs. Et si vous êtes très observateur
vous avez déjà remarqué que j'utilise cette astuce dans toutes les positions précédemment
jouées de C5.
C’est un coup à prendre, certes, mais ça vous sera vraiment utile. Ma petite astuce pour rapidement intégrer cette astuce à votre jeu, c’est de vous fier davantage à votre ressenti (la sensation de la corde touchée de la pointe de l’index) plutôt que d’essayer de vous baser sur le visuel, en regardant vos doigts. Une autre astuce consiste à étouffer la corde de Mi grave avec la pulpe du pouce, qui vient légèrement se poser sur le manche.
Pour plus d’informations détaillées sur ce sujet passionnant du son propre lorsqu’on joue en son saturé, j’ai créé une formation spécifiquement sur ce sujet : elle s’intitule Régler et trouver son son.
Enchaîner plusieurs powerchords n’est pas évident : le passage d’un accord à l’autre engendre
souvent de nombreux bruits parasites indésirés, principalement parce que les doigts vont
involontairement jouer ou tirer des cordes qui vont sonner à vide.
Le conseil principal que je peux vous donner pour régler ça, c’est d’étouffer les cordes avec
la tranche de la main droite (Palm Muting) lorsque vous passez d’un accord à l’autre, ça
réglera déjà de très nombreux problèmes. Voici un exemple de riff joué sans cette technique,
puis avec.
Il y a de nombreuses autres techniques subtiles qu’on peut utiliser pour rendre tout ça encore plus propre, mais ça sort du cadre de cette page qui se veut plutôt générale. Là encore, vous trouverez ces infos dans la formation Régler et trouver son son.
Pour travailler les powerchords, vous pouvez vous entrainer à jouer des grilles simples, avec des accords majeurs, mineurs ou 7, mais en les simplifiant en powerchords. Tous les accords pourront se jouer en powerchords, sauf les accords diminués (notés ° ou dim) et les accords demi-diminués (notés m7b5 ou Ø).
Un exemple simple que vous pouvez faire, c’est jouer sur la grille de Knockin on heaven’s door, en même temps que mon playback sur Youtube (ou que la version des Guns 'N Roses). L’original de Bob Dylan est en G, mais les Guns la jouent un demi-ton plus grave : F# C# et B. Ca donne donc les powerchords F#5 C#5 et B5.
Entrainez-vous à plaquer ces accords. Pour simplifier les choses, prenez bien le temps d’arrêter le son entre chaque accord comme je le fais dans l’exemple, pour préparer tranquillement l’accord qui suit.
La grille du morceau Un autre monde du groupe Téléphone, sur le début du couplet en tout cas, contient les accords D Bm et F#m. Ca donnera donc D5 B5 et F#5 pour nous.
On peut tout autant jouer la rythmique complète, seul, que voici avec un peu de Palm Muting.
Et devinez quoi ? C’est justement le propos de la partie qui suit : subtile transition n’est-ce pas ?
Si ce morceau de Téléphone vous plait, sachez que j'ai publié une formation intégrale sur ce morceau, et oh, mais quelle surprise dites donc, il y a une partie consacrée à l'accompagnement. La formation se trouve ici : Un autre monde.
Pour appliquer en musique ce qui a été abordé jusqu'à présent, voici des passages de chansons très connues sur lesquelles on entend des powerchords plutôt faciles à jouer. Entrainez-vous à les jouer seul et lentement, puis avec la tablature, en effet avec le morceau original.
Sur ce morceau du groupe de hard rock Scorpions, on peut entendre des powerchords plaqués et tenus pour donner beaucoup d'énergie lors du refrain. C'est ici à 1:37 : Wind of change (Youtube).
Ce méga-tube du rock français est connu principalement pour son riff en powerchords. Restez bien concentrés pour ne pas vous emmêler les pinceaux en confondant l'ordre des accords. C'est ici à 0:17 : Quand la musique est bonne (Youtube).
Et maintenant, un saut dans les années 2000 avec, tout comme dans Wind of change, des
powerchords qui sont là pour assoir un refrain et le rendre plus percutant et puissant.
En bonus, quelques croches jouées en Palm Muting pour donner un effet plus percussif et
rebondissant entre les accords tenus.
C'est ici à 0:57 :
It's my life (Youtube).
Dans certains styles de musique où les powerchords sont vraiment courants, comme le métal par exemple, on a l’habitude de se désaccorder pour rendre ça plus facile à faire. Parce que si on descend la corde de Mi grave d’un ton, un power chord se joue... Avec un simple barré ! On appelle ça l'accordage en "Drop D".
Malin, vous ne trouvez pas ? Et en bonus, cette astuce permet de jouer un powerchord de D5 grave, chose qui était impossible avant. Ça donne un son plus grave et plus "méchant", et avoir un son méchant, ça aide quand on joue du métal. C'est un peu comme être hyperactif quand on joue de la funk : c’est pas nécessaire, mais ça aide.
Petite observation : si vous écoutez attentivement le riff de Smoke on the water, vous vous rendrez compte que le son est différent de la version originale. Pourquoi ? Parce que je ne vous ai pas montré le vrai riff. Le voici, retranscrit précisément.
On remarque qu’avec juste 2 notes on sous-entend déjà un accord ! Ca “porte” moins le morceau si on accompagne seul, puisqu’il manque une note grave, mais dans le cadre de ce morceau c’est parfait puisqu’il y a une ligne de basse : Deep Purple n’a pas composé ce morceau au hasard.
Jouer et analyser les riffs de rock peut nous permettre de comprendre pas mal de choses, et c’est ce qu’on va faire ici. Voici le riff de Highway To Hell.
On observe un accord de A, assez connu, et deux autres accords pas très courants il semblerait :
un D/F# et un G un peu bizarre. Le D/F# c’est un powerchord de D, avec un F# joué à la basse :
on appelle ça un accord renversé. Mais celui qui nous intéresse ici c’est le G5.
Cet accord, c’est en fait un G5, un powerchord ! Mais il est un peu caché car joué dans une
position pas très courante. Avec cette position, l’index vient se poser sur la corde de Mi tout
en étouffant la corde de La.
Cette position est vraiment pratique, et nous permet de jouer facilement un powerchord de plus en première position. Si on joue la case 3 sur la corde de Si, on redouble la quinte, mais ça reste un powerchord. En général c'est plus pratique de jouer cette note, pour étouffer plus facilement la corde de Mi aiguë.
Je vous entends déjà dire, de derrière votre écran "Tut tut tut ! Minute papillon ! Il sort d'où ce D5 là ?"
Eh bien vous savez quoi ? Vous me faites plaisir, parce qu'en posant cette question vous montrez que
vous êtes attentif, et moi j'aime les élèves attentifs.
Ce powerchord de D, D5 donc, c'est la position du powerchord dont la fondamentale est sur
la corde de Ré, tout simplement. Comme il est assez aigu on l'utilise assez peu,
sauf évidemment pour jouer un D5, accord qu'il est impossible de jouer une octave plus grave,
sauf si on s'accorde en Drop D.
Le secret de cet accord secret, eh bien, c’est qu’en fait il n’est pas si secret (la boucle est bouclée). Les bons musiciens de l’époque le connaissaient, comme les musiciens de The Clash avec Should I Stay or Should I Go :
Pour aller plus loin, en apprendre davantage et continuer le plaisir, vous trouverez de nombreuses
ressources sur ce site et sur la chaine Youtube associée.
Je pense en particulier aux pages
Les effets de jeu et la technique,
Régler et trouver son son que j'ai déjà citée,
10 riffs de rock faciles qui est très axé sur la propreté
de jeu sur les riffs rock,
Improviser (sur) des riffs de Rock qui vise l'improvisation de riffs de rock mais aussi
AC/DC et les phrases rock, formation plus avancée, qui est axée sur le groupe AC/DC.